Prévention de la plagiocéphalie (tête plate)

Un mot sur le crâne

Le crâne humain est composé de plusieurs plaques qui correspondent à une partie de la voûte et de la base du crâne. Les plaques osseuses sont réunies par les sutures, il s’agit de zones de cartilage ou de tissu fibreux qui produisent du tissu osseux à leur jonction avec l’os : ce sont les acteurs principaux de la croissance du crâne.

Les sutures et fontanelles jouent également un rôle crucial, permettant au crâne du bébé de s’adapter au moment de la naissance. La croissance du crâne peut être contrariée lorsque les sutures sont fermées de manière anormale, c’est alors une craniosténose.

Il est primordial de savoir si l’enfant est né d’emblée avec une tête déformée ou si la modification du crâne s’est faite dans les semaines qui ont suivi la naissance.

Dans la grande majorité des cas, le syndrome de la tête plate est secondaire à un position dorsale importante, c’est la plagiocéphalie positionnelle: elle n’est pas grave, on peut la corriger en augmentant le temps passé sur le ventre ( TOUJOURS SOUS SURVEILLANCE) des nourrissons.

PREVENTION DU SYNDROME DE LA TETE PLATE

Prévention des plagiocéphalies positionnelles

La prévention doit associer à la fois des conseils pour favoriser la motricité libre et spontanée et notamment le décubitus ventral à l’éveil mais aussi des recommandations pour respecter les consignes de prévention de la MIN, tout particulièrement le décubitus dorsal pendant le sommeil.

Les mesures de prévention doivent être expliquées dès la période anténatale, lors du séjour en maternité et durant les premiers mois de vie.
Tous les professionnels intervenant auprès des nourrissons et leurs familles doivent désormais connaître ces mesures de prévention. (HAS 2020).

Avant la naissance
Les professionnels peuvent être amenés à donner des conseils sur le matériel de puériculture, comme nous l’avons vu plus haut : pas besoin d’acheter de cocon, de coussin anti-plagiocéphalie, de cale-bébé…
L’allaitement maternel doit être encouragé.

Les premiers mois
Quand l’enfant est éveillé
Le principal facteur de risque des déformations crâniennes positionnelles (DCP) est la limitation de la motricité libre et spontanée du nourrisson par contrainte environnementale externe.
Lors des périodes d’éveil il faut donc réhabiliter le décubitus ventral qui accélère les acquisitions motrices et renforce la musculature cervicale postérieure et dorsale. Les muscles insérés sur l’occipital limitent aussi l’aplatissement par un phénomène de traction.


Quelques exemples :
Avant 2-3 mois, à chaque change, le bébé peut rester quelques minutes à plat ventre. IL peut être porté dans l’écharpe ou le porte-bébé. Les transats ne doivent pas être verticalisés.
A partir de 2-3 mois, l’enfant éveillé peut rester sur le ventre dans la journée sur un plan dur (matelas ferme, natte, tapis d’éveil…) pendant quelques minutes et bien sûr sous surveillance. Les positions lors des activités de jeu au sol doivent aussi varier.
Des jouets disposés autour de lui (à adapter en fonction de l’âge et à varier), vont l’inciter à regarder sur les côtés (sollicitations sensorielles : tactiles, visuelles, auditives, olfactives…) et à découvrir son entourage, son environnement mais aussi son propre corps (mains, pieds…).

Progressivement l’enfant va augmenter spontanément son temps de jeu à plat ventre. Le siège-coque et la poussette doivent être réservés aux transports. Ils ne sont pas adaptés aux stations allongées ou assises prolongées.


Quand l’enfant dort
L’enfant doit être couché systématiquement sur le dos, bien à plat, sur un matelas ferme sans oreiller, cale-tête ou cale-bébé pour qu’il puisse bouger librement. Pas de cocon ni de coussin d’allaitement.
Pas de couverture ni de couette mais un sur-pyjama ou une gigoteuse.
Pas de tour de lit pour qu’il puisse regarder partout (et ne pas risquer l’enfouissement). Il est intéressant d’encourager la rotation spontanée de la tête d’un côté à l’autre en attirant l’attention de l’enfant avec un mobile qu’on change de place, un lit qu’on bouge dans la pièce en veillant à ce que l’enfant puisse regarder la porte et pas le mur, en alternant les positions dans le lit, etc …

Prise en charge des plagiocéphalies constituées

Un enfant qui présente une asymétrie de position marquée entre 3 et 6 semaines avec plus de 75% du temps passé la tête toujours tournée du même côté et/ou qui a des rotations asymétriques, doit être pris en charge sans attendre.
Au-delà de 6 semaines le risque de verrouillage augmente.

Jusqu’à 9 semaines de simples « soins de développement » destinés à donner à l’enfant des entrées sensorielles, sociales et cognitives pour qu’il tourne la tête et la positionne di!éremment, su#ront à résoudre le problème.
Passée cette période, l’engramme sensori-moteur a plus de risques d’être installé et la rééducation pour « détricoter » les réseaux neuronaux sera plus longue et parfois incomplète.

Le principal critère de gravité dans les plagiocéphalies et les torticolis est le retard de prise en chargeIl a été montré que lorsque la prise en charge est précoce, on a 98% d’e#cacité à deux mois et demi de traitement.
Les conseils de repositionnement et la kinésithérapie sont les interventions à proposer.

Les conseils de repositionnement

Quand l’enfant est éveillé

Outre les conseils déjà cités, il faut attirer l’attention du nourrisson du côté opposé à la plagiocéphalie par la parole, le regard, en lui proposant de regarder des objets de couleur vive, en stimulant son attention par la parole, les bruits ou la musique, en le plaçant pour qu’il voit ce qui se passe dans la pièce (mais ni devant un mur, mais pas devant la télévision…).

Quand l’enfant dort

L’endormissement avec la tête du côté opposé à la plagiocéphalie est favorisé (si possible).
Les coussins anti-tête plate sont à éviter car ils limitent la mobilité de la tête.
La kinésithérapie

La kinésithérapie doit être prescrite systématiquement en cas de défaut de mobilité cervicale, en complément des conseils de repositionnement. Il faut adresser rapidement l’enfant à un physiothérapeute spécialisé en pédiatrie pour donner à l’enfant le maximum de chances de profiter de « la fenêtre thérapeutique ».
Une ordonnance pour rééducation neuro-motrice d’une asymétrie posturale doit spécifier l’indication médicale, l’organe cible, la localisation et les objectifs des soins.
Par exemple « rééducation pour plagiocéphalie positionnelle. Travail sur la mobilité cervicale (rotation et inclinaison), particulièrement sur le SCM droit ».
Le nombre de séances ne doit pas être précisé. C’est le kinésithérapeute qui le fixera (HAS 2020)

Actuellement les données scientifiques ne permettent pas de conclure à une e#cacité de l’ostéopathie sur les déformations crâniennes positionnelles. Une approche ostéopathique à orientation pédiatrique peut toutefois être associée à la kinésithérapie en deuxième intention dans le cadre d’une prise en charge pluri- professionnelle. Au-delà de deux séances d’ostéopathie sans résultat sur la mobilité cervicale, il apparaît inutile de poursuivre.
Prise en charge des déformations crâniennes sévères sans craniosténose
L’orthèse crânienne, à but purement esthétique, n’est recommandée que pour les déformations très sévères qui n’ont pas été améliorées ou l’ont été insu#samment par le repositionnement et la kinésithérapie.
Le casque peut être prescrit à partir de 6 mois et jusqu’à 12 mois.
Sa tolérance est souvent très bonne sans trop de sou!rance du cuir chevelu.
Il faut qu’il soit porté un minimum de 16 heures par jour et idéalement 23 heures sur 24. La majorité des études de cohorte (1 prospective, 6 rétrospectives) ont démontré que le port du casque permettait d’obtenir une correction plus importante en moins de temps que le repositionnement et la kinésithérapie.
Les preuves en faveur du port du casque doivent toutefois être tempérées par le manque de données concernant l’étendue de l’amélioration naturelle de la plagiocéphalie positionnelle et aussi les coûts associés au traitement par casque.
Les tarifs proposés sont aux alentours de 1500-2000 euros (design et suivi compris). Le remboursement reste très controversé. Des possibilités de prise en charge seraient envisageables si la prescription vient d’un centre de neurochirurgie pédiatrique ou d’un centre de référence ou de compétence dans le réseau national « Craniost ».

LES CRANIOSTENOSES

Le pédiatre doit s’assurer que l’enfant ne présente pas une craniosténose qui est une fusion prématurée d’une suture du crâne du nourrisson entrainant une risque de mauvis développement de la croissance du crâne avec des risques neurologiques au décours. La prise en charge est souvent chirurgicale.

La scaphocéphalie : elle intéresse uniquement la suture sagittale, avec un front bombé, elle a essentiellement un retentissement morphologique


La trigonocéphalie : elle est due à la fermeture trop précoce de la suture métopique, avec un front très étroit, et possiblement une compression du cerveau . La brachycéphalie : elle est due à la fermeture de la suture coronale des deux côtés, elle entraine un élargissement du visage et une compression du cerveau

. La plagiocéphalie vraie : c’est une fermeture de la suture coronale d’un seul côté. Elle entraîne une disgrâce physique majeure, et retentit sur l’axe de vision